Pétanque

Retournons au Texas, où nous allons parler pétanque pour changer. Vous avez bien lu, on est bien au Texas, et ça ne nous empêche pas de génocider les coccinelles à coups de boule de pétanque dans la gueule ! Mais pour en arriver jusque là, il va falloir d’abord explorer les party austinite et socialiser à l’américaine.

Il y a quelques semaines au boulot, au détour d’un couloir, je croise un haut responsable avec qui on échange quelques mots sur mon sud natal. Un de ses amis y a aussi une maison, et il se trouve qu’il organise une party, alors ni une ni deux, me voilà aussi invité. À vrai dire il semble qu’être français est suffisant pour être convié à la fête, tous les collègues francophiles le sont en tout cas.

L’invitation par mail précise qu’il est conseillé de contribuer à la soirée en ramenant un plat ou une boisson, on opte pour un gâteau à la patate douce fait maison. La date approchant, la météo semble se gâter avec de forts orages presque tous les jours et de nouveaux annoncés pour le soir dit. La possibilité de devoir manger l’entièreté du dessert par nous-même ne nous effrayant pas, nous continuons nos préparatifs. Le soir venu, le temps étant plus clément, nous nous résolvons à rejoindre le lieu des festivités.

Arrivé sur place, nous croisons pas mal de monde qui arrivent eux aussi, et qui nous saluent poliment. À l’intérieur nous constatons que l’on ne connaît absolument personne, pas même la femme de l’hôte qui vient nous accueillir. On se présente comme étant un ami de, posons le gâteau parmi les multiples victuailles accumulées dans la cuisine, et rejoignons les autres invités dans la cour à l’arrière de la maison.

La situation s’améliore guère ici puisque la plupart des gens discutent déjà entre eux, et qu’il n’y a pas l’ombre d’une connaissance dans les parages. En cherchant un peu plus je retrouve un collègue qui nous présente à quelques personnes. Un échange de politesses s’en suit, et l’envie de partir se percher en haut d’une montagne se fait sentir. Un peu plus tard, le collègue qui m’a invité arrive et me salue chaleureusement, puis nous présente sa femme ainsi que l’hôte de la soirée. Il part ensuite discuter avec d’autres personnes, il semble comme un poisson dans l’eau.

On se tourne alors pour admirer le magnifique terrain de pétanque tracé au cordeau, à niveau et sans un caillou qui dépasse. Il est entouré de poutres en bois, séparé en deux dans la longueur pour pouvoir jouer deux parties en parallèle, et des balles de ping-pong enfilées sur deux lignes servent à compter les points. Sur le terrain, des américains jouent avec un sérieux bien loin de nos parties estivales. On me souffle que l’un d’entre eux aurait déjà participé à des championnats du monde.

Après quelques minutes à observer ce spectacle, complètement médusés, l’hôte à la recherche de joueurs nous fait rentrer dans une partie. On joue en triplettes, et la sélection des équipes se fait de manière assez obscure, une boule de chacun des joueurs étant posé dans le cercle de tir, et par une technique qui m’échappe les boules sont séparées en deux groupes qui sont les deux équipes. Par ailleurs vous avez bien lu, on tire depuis un cercle posé au sol, point de sillon tracé du bout du pied ou branche pour marquer le point de départ, on ne rigole pas ici. Même le cochonnet (prononcer cochonnet en anglais) doit être lancé à une distance réglementaire, rien n’ai laissé au hasard.

Un ordre est établi dans chacune des équipes, plus facile à deviner celui-là puisqu’il va du plus mauvais au plus fort. Je commence donc à pointer de manière douteuse, avant de laisser les pros observer le jeu et débattre sur la meilleure manière de faire rentrer la boule dans le jeu. Seul Christian, un autre français et collègue de boulot, semble partager notre manière de jouer puisqu’il tente une guerre psychologique à grand coup d’esbroufe et de mauvaise foi. La bataille tombe cependant vite à l’eau, le mètre étant de sortie au moindre doute et nos remarques ignorées par les américains dont l’essence même de la vie semble rattachée à la victoire de leur équipe.

Au bout d’un moment la victoire est établie pour un camp, je n’ai même pas suivi le score vu qu’il n’était pas possible de bluffer. Les joueurs se saluent entre eux avec un très anglais good game, on se croirait à la fin d’un France-Angleterre au tournoi des 6 nations. L’hôte me demande mon nom, il semblerait que l’on soit en manque de joueurs pour le tournoi des champions, je suis ajouté au chapeau. Nous partons faire le plein de victuailles et de vin, tout est Texan ici et à défaut de grand cru on peut déguster une délicieuse viande grillée.

Un peu plus tard, me voilà de retour sur le terrain avec dans l’équipe deux autres joueurs de la partie précédente très sérieux, et ce qui est annoncé comme étant la dream team en face de nous. Je commence à nouveau, avec des compliments de mes équipiers pour la moindre boule que je lance à moins d’un kilomètre du cochonnet. Après 2 manches on accuse un 6 – 0, puis deux manches plus tard un 7 – 1, les pros ne sont pas contents. L’ordre de lancer est changé, je me retrouve deuxième sur un terrain souvent déjà bien quadrillé par les boules placées.

Et là, les mouches changent d’âne puisque j’arrive à placer mes boules suffisamment bien pour emmerder les autres, et les points s’équilibrent. J’observe un peu les joueurs, tous sérieux comme des papes à répéter leurs stratégies. Ils loupent presque autant de coups que moi avec des boules lancées de manière scientifique, ça en est presque comique. La partie continue, point par point, jusqu’à ce que l’on gagne enfin sur un coup de chance de notre pro. La poignée de main s’en suit, good game, for sure !

Nous voilà qualifié pour la finale du tournoi de la soirée, il est temps d’aller s’abreuver ainsi que d’alimenter nos papilles sucrées. L’orage tourne autour de nous, les éclairs zèbrent le ciel de toutes parts. Sur l’autre piste, un français bien alcoolisé et un drôle d’indien plein de facéties jouent en double contre un américain plus tout à fait sérieux, sans bien compter les points. Les lancers se font en équilibre avec la main dressée en l’air derrière le dos, et ils se sifflent pour revenir au jeu lorsque la tchatche leur fait oublier leur tour, en un mot ils jouent à la française. La partie semble d’ailleurs s’éterniser, on s’est déjà bien marré, il est donc temps de rentrer.

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